Admise avec la mention Très Bien en série S2 au lycée de Kafountine, Nafissatou Sané occupe la première place de son centre d’examen au baccalauréat 2026. La jeune fille originaire de Diannah, un village de l’arrondissement de Kataba 1, situé à environ deux kilomètres de son établissement, veut pallier le manque de soins de qualité dans cette localité non encore électrifiée.
L’équipe de La Voix du Sud l’a rencontrée avec sa famille. Discrète et souriante, elle revient sur un parcours construit à force de travail, de discipline et de persévérance.
L’année scolaire 2025-2026 a pourtant été marquée par plusieurs mouvements de grève des enseignants. Un contexte qui n’a pas freiné les ambitions de la première du centre.
L’espoir fait-il vivre ou rêver ?
« Il n’y a pas de secret. Il faut être courageux et savoir ce que l’on veut ». Ces premiers mots d’une fille qui semble pourtant taciturne, donnent une idée tout à fait détaillée sur sa personne. Malgré une année scolaire tumultueuse, rien n’a pu la distraire.
« Même pendant les grèves, je continuais à apprendre, à faire des exercices et à réviser. Je rentrais parfois à 18 heures ou 19 heures et il m’arrivait d’étudier jusqu’à deux heures du matin », confie-t-elle.
La nouvelle bachelière attribue également sa réussite au soutien constant de sa famille. Après son admission au lycée, elle a été accueillie chez son grand frère, enseignant à Kafountine, où elle a bénéficié d’un environnement favorable à ses études. Dans cette atmosphère, elle a profité d’un soutien » sous toute ses formes », de sa famille.
« Mes parents ont toujours soutenu mes choix. Mon grand frère et son épouse m’ont offert de très bonnes conditions de travail. Je n’avais aucune contrainte et cela m’a beaucoup aidée », explique-t-elle.

À Diannah, ses proches décrivent une élève studieuse, disciplinée et entièrement consacrée à ses études.
Malgré sa mention Très Bien, la lauréate estime qu’elle pouvait mieux faire.
« Je connais mes capacités. Je n’étais pas totalement satisfaite de certaines de mes notes, mais j’accepte ces résultats. Je vais continuer à travailler davantage », affirme-t-elle. Déterminée à poursuivre des études de médecine, elle invite les jeunes, en particulier les filles, à ne pas hésiter à s’orienter vers les séries scientifiques. « Les séries scientifiques ne sont pas réservées à une élite. Elles demandent des efforts, mais avec du courage, de la discipline et de la persévérance, chacun peut réussir. Il faut croire en ses rêves et ne jamais abandonner », conseille-t-elle.
Les difficultés de son village à l’origine de sa vocation
Si la première du centre rêve aujourd’hui de devenir médecin, c’est aussi parce qu’elle a grandi dans une localité confrontée à d’importants défis en matière d’accès aux services de base. À Diannah, il n’y a pas d’électricité et l’accès à Internet demeure limité. Les habitants sont également confrontés à l’insuffisance des infrastructures sanitaires.
« Nous faisons face à beaucoup de difficultés. Les structures sanitaires restent insuffisantes et, lorsqu’un malade nécessite une prise en charge importante, il faut l’évacuer vers Kafountine, puis parfois jusqu’à Ziguinchor. Ces déplacements sont souvent compliqués pour les familles », explique la jeune fille. Ces réalités ont progressivement forgé son projet professionnel.
« Voir mes parents ou d’autres personnes souffrir sans pouvoir les aider m’a toujours fait mal. Je veux devenir médecin pour soigner ma famille, les habitants de ma communauté et toutes les personnes qui auront besoin de moi », confie la nouvelle bachelière.
Le parcours de Nafissatou Sané illustre l’importance de la persévérance et du soutien familial dans la réussite scolaire. Mais il met également en lumière les difficultés auxquelles restent confrontées de nombreuses localités rurales de la Casamance, où l’accès à l’électricité et aux soins de santé demeure un défi quotidien. Pour la jeune lauréate, réussir le baccalauréat n’est qu’une étape ; son véritable objectif est de revenir un jour servir les populations de sa communauté.
Amidou DJO-OURO
