Le bras de fer s’intensifie entre transporteurs à la frontière Sénégal – Guinée-Bissau.
En représailles au blocage décrété par leurs homologues bissau-guinéens il y a plus de quinze jours, les transporteurs de Ziguinchor ont décidé à leur tour d’interdire tout transport vers le pays voisin. Une mesure entrée en vigueur ce vendredi 28 août qui plonge les usagers et les commerçants dans l’incertitude.
À l’origine de cette crise, un contrôle douanier qui aurait mal tourné au niveau de la frontière selon Ousmane Thiam, vice-président de la gare routière de Ziguinchor et porte-parole des transporteurs, qui explique que le problème aurait été déclenché après que » des chauffeurs bissau-guinéens ont été verbalisés par la douane sénégalaise « . Le montant des amendes, jugé trop élevé, a provoqué la colère.
« Ils préfèrent rester chez eux »
Après des négociations infructueuses, les transporteurs de Guinée-Bissau ont décidé de ne plus faire entrer leurs véhicules au Sénégal. Ils se limitent désormais à déposer les passagers à la frontière.

Face à cette situation, une délégation de la gare routière de Ziguinchor s’est rendue à São Domingos pour tenter de désamorcer la crise. En vain.
« Nous avons eu le courage d’aller à la frontière, pour les rencontrer, ils ne nous ont pas reçus vite, on est arrivés vers dix heures et on est restés jusqu’à 15h, pour pouvoir les voir », témoigne Ousmane Thiam alias Thiamas.
La rencontre a finalement eu lieu en fin de journée. Mais les positions sont restées figées. « On leur a dit qu’entre le Sénégal et la Guinée-Bissau, c’est l’espace CEDEAO. On doit vraiment avoir une circulation des personnes et des biens. Ils n’ont pas voulu, ils se sont campés à leur position », déplore le porte-parole.

Ziguinchor réplique
Après concertation, la Gare des Autocars de Ziguinchor, présidée par Papis Touré , a pris une décision de réciprocité. Depuis jeudi 27 août, il est interdit aux chauffeurs de Ziguinchor de transporter des passagers jusqu’à la frontière pour la Guinée-Bissau.
« La mesure a été prise depuis hier et on l’a exécutée aujourd’hui. Donc, s’ils disent qu’ils ne veulent pas venir au Sénégal, nous aussi, après avoir fait des négociations, ils se sont campés sur leur position, on les trouve sur leur position », explique Ousmane Thiam.
Le syndicat assure que cette mesure est prise « jusqu’à nouvel ordre ».
Ce blocage intervient sur un axe stratégique pour le désenclavement de la Casamance. La route Ziguinchor – São Domingos est un point de passage essentiel pour les marchandises et les voyageurs entre le Sénégal, la Gambie et la Guinée-Bissau.
La conséquence pourrait être immédiate puisque ce seraient des centaines de passagers qui seront bloqués, des produits agricoles qui peineraient à atteindre les marchés et des pertes financières importantes pour les deux camps.
Pour Ousmane Thiam, l’attitude des transporteurs bissau-guinéens va à l’encontre de l’esprit d’intégration régionale. « On a beau négocier, ils n’ont pas voulu comprendre que l’espace CEDEAO doit être glissant », a-t-il affirmé.
Amidou DJO-OURO
