Le 24 mars 2024, le peuple sénégalais a élu, pour une rupture totale, le président Bassirou Diomaye Faye, dans un contexte de bras de fer avec le régime de l’ex-président Macky Sall.
Deux ans après son arrivée à la tête du pays, les questions se posent et les réponses divergent sur les réalisations du régime qui a opté pour la rupture avec le « vieux système » de gouvernance.
À l’occasion de l’anniversaire de cette élection, la Voix du Sud a recueilli les avis dans les rues de Ziguinchor.
Ce mardi 24 mars 2026, les habitants de la capitale du Sud se sont diversement exprimés sur ce que, en tout cas pour certains, ne souhaiteraient pas appeler un bilan.
Par souci d’équité et dans la quête des réactions sans filtre, nous avons exclu toute réaction politique. Beaucoup se sont exprimés sans indiquer leur appartenance politique.
Pour certains, rien n’a changé. Ce sont les mêmes réalités ; le mot « difficultés » est, selon eux, toujours d’actualité. « Depuis qu’ils sont là, c’est ce que Macky Sall a laissé, on n’a pas vu de changement, on ne s’attendait pas à ça », explique un habitant au passage.

Dans les rues de Ziguinchor, le sentiment des habitants, d’après les réactions, oscille entre espoirs tenaces et attentes sociales fortes. Comme le dit ce passant que nous avons rencontré : « On les a votés pour une rupture, depuis qu’ils sont là on n’a pas vu de rupture. Ils sont dans des règlements de comptes », estime-t-il.
D’autres évoquent le chômage des jeunes : « Il y a trop de chômage surtout en Casamance », déclare un autre.
De loin, une commerçante explique : « Il y a beaucoup de choses à faire encore, il n’y a pas de changement. »
Le bilan du régime Diomaye ne peut pas être dressé, d’autant plus que le pays ploie sous les affres d’une « dette cachée ». Pour un autre habitant, on ne peut pas parler de bilan alors que le pays peine à se relever à cause des « actes » posés par l’ancien régime. « On ne peut pas avoir de bilan ici, on parle de dette cachée, il faut parler de ce qu’il faut faire pour récupérer l’argent que les gens ont volé », a souligné un septuagénaire, au milieu d’un groupe de jeunes qui critiquent le régime. Cet homme, que nous avons rencontré, a tenté de « raisonner » les jeunes. Il estime que le problème de la jeunesse, c’est le « manque de patience ».
Selon le même interlocuteur, le régime Diomaye subit les conséquences des actions posées par un groupe d’hommes « assoiffés » de pouvoir qui étaient déterminés à se maintenir au pouvoir. « Actuellement le système est encore là, on est en train de lutter pour enlever ce système. Vous voyez, les jeunes sont là avec des motos Jakartas. Moi je ne peux pas faire le bilan, mon souci c’est comment récupérer cet argent entre les mains de ces personnes qu’on devrait arrêter », fustige-t-il. « Ce n’est pas une question de parti pris », a-t-il conclu.
Le deuxième anniversaire du président Diomaye Faye survient alors que beaucoup se souviennent encore du prix de la bataille qui l’a conduit au pouvoir. Un contexte douloureux qui montre les séquelles des événements de la période préélectorale. L’année 2024 a été marquée par de violentes manifestations politiques qui ont coûté la vie à plusieurs Sénégalais. Ce bilan des morts rappelle le lourd sacrifice consenti par les populations dans leur quête de justice et de changement. Leur mémoire demeure au cœur du débat public, deux ans après l’alternance.
