Dans quelques semaines, le Sénégal commémorera le 24e anniversaire du naufrage du bateau Le Joola. Survenu le 26 septembre 2002 dans les eaux gambiennes , ce drame maritime a fait près de 2 000 morts. À l’approche de cette date, les tensions montent au sein des familles de victimes et de rescapés, réunies au sein de l’Association Nationale des Familles de Victimes et de Rescapés du Joola, ANFVR/J.
Lors de la 2e édition de la randonnée pédestre préparatoire, organisée le 29 Août dernier à Ziguinchor, l’ANFVR/J a réaffirmé ses revendications et dénoncé la gestion du mémorial érigé en leur mémoire.
« Un musée sans les reliques du Joola est un musée vide de sens »
La principale exigence des familles reste inchangée depuis 24 ans, le renflouement des ossements des victimes.
« Un musée sans reliques du Joola est un musée vide de sens », a déclaré Élie Jean Bernard Diatta au nom de l’Association.
Cette étape est « indispensable afin de permettre aux familles de déclencher enfin le processus de deuil ». « Nos victimes sont cognées par la houle depuis 8 624 jours, il est temps de les libérer », a-t-il ajouté.
L’ANFVR/J exige que les ossements soient placés dans un reliquaire au sein du mémorial de Ziguinchor, construit justement « à leur demande pour honorer la mémoire des 2 000 disparus ».
Des accusations de « violences administratives » et de gestion opaque laissent apparaitre des fissures entre familles concernées.

L’accès à ce lieu de mémoire pose problème. Les familles disent avoir été refoulées à l’entrée du mémorial et contraintes de prier à l’extérieur. « Pendant que nous sommes empêchés d’entrer, des visiteurs payent 1 000 francs, 3 000 francs pour les étrangers. Mais où va cet argent ? » S’interrogent-elles.
Elles pointent directement la responsabilité de l’actuelle administratrice du musée, accusée de « s’ériger en administratrice sans légitimité » et de « monopoliser le service ».
« On ne l’a pas construit pour elle, mais pour nos 2 000 victimes », martèlent-elles, avant d’appeler le ministre de la culture à prendre « des mesures immédiates pour mettre fin à ce qu’elles qualifient de violences administratives ».
Des « fissures » apparaissent ainsi au sein de l’équipe du mémorial, alors que certaines familles réclament la direction et les postes stratégiques de l’édifice
Face à ce blocage, l’ANFVR/J durcit le ton. Ses responsables avertissent : « L’année prochaine, lors de la 3e édition, les prières se feront à l’intérieur du mémorial. Ce mémorial est destiné à prier pour la mémoire de nos victimes, pas à être confisqué. »
Boubacar Ba, président d’honneur de l’Association nationale estime que cette randonnée est « avant tout un acte de mémoire ».
« Le Joola a coulé avec 2 000 personnes. Chaque année, nous marchons pour rappeler au monde entier que Le JOola est là. Nous ne voulons plus de cérémonies vides. Nous voulons un mémorial digne, habité par les reliques de nos proches », a-t-il insisté.
Au-delà de la commémoration, cette randonnée a été une tribune de revendication. 24 ans après le drame, les familles du Joola, toujours meurtries, réclament « vérité, justice et respect ».
Leur message reste inchangé « tant que les ossements ne seront pas renfloués, le mémorial de Ziguinchor restera une coquille vide ».
La commémoration officielle du 26 septembre prochain s’annonce sous haute tension
Amidou DJO-OURO
