En ce 21 septembre, Journée internationale de la paix, la Plateforme des Femmes pour la Paix en Casamance (PFPC) a tenu un point de presse marquant à Ziguinchor. À la tribune, sa vice‑présidente Léonie Gomis a livré une déclaration dense et poignante, mettant en lumière les réalités des femmes déplacées qui reprennent le chemin de leur village après des années d’exil forcé.
Par ailleurs, les études menées par la PFPC dans dix villages de retour révèlent une vulnérabilité accrue des femmes face aux violences basées sur le genre. 83 % des femmes interrogées disent ne pas se sentir en sécurité, et près de la moitié ont déjà subi des violences : 34 % physiques, 17 % économiques, 18 % psychologiques et 16 % verbales. Les causes sont multiples : destruction des réseaux de solidarité, dépossession foncière qui prive les femmes de leur autonomie, sites de réinstallation dépourvus d’infrastructures de base, isolement social et perte de repères. « La terre reste l’ultime rempart des femmes contre la grande pauvreté », a révélé Léonie Gomis, dénonçant les biais coutumiers qui limitent leurs droits à un simple usufruit.
Les chiffres sont parlants : seulement 27,9 % des femmes ont accès aux infrastructures de santé, 27,5 % à l’éducation, 12,1 % à l’eau potable, 4,8 % à l’électricité et 12,1 % à la protection sociale. Plus grave, 59 % des femmes et filles ne savent pas où orienter une survivante de violences. La réinstallation, loin d’être un retour apaisé, exacerbe les vulnérabilités et agit comme un amplificateur des rapports de domination préexistants.
Face à ce constat, la PFPC déploie une stratégie proactive. Diagnostic participatif, restitution avec les décideurs, plaidoyer auprès des autorités, programmes de résilience et d’autonomisation économique : autant d’initiatives pour garantir une réinsertion durable et digne. Les recommandations formulées sont précises : construire et équiper des postes de santé et des maternités, installer des forages et des réseaux d’électricité, réhabiliter les routes et les écoles, sécuriser les villages, soutenir les activités économiques des femmes et renforcer leur participation aux instances de décision.
La plateforme des femmes pour la paix en Casamance appelle aussi les partenaires techniques et financiers à accompagner l’État dans le financement des activités économiques, à soutenir la formation professionnelle et à renforcer les mécanismes communautaires de protection. Elle insiste sur la nécessité de promouvoir le leadership féminin et de restaurer la cohésion sociale.
Au‑delà des constats, le message est clair : il s’agit de restaurer le statut de citoyenne des femmes, de passer du rôle de victimes bénéficiaires d’aide à celui d’actrices du développement et de la paix. « La citoyenneté des femmes n’est pas un luxe d’après‑conflit, mais le moteur même d’une réinstallation réussie et d’une paix durable », a conclu Léonie Gomis, vice-présidente de la plateforme des femmes pour la paix en Casamance.
En ce jour symbolique, la Casamance rappelle que la paix ne se construit pas seulement par la fin des armes, mais par la dignité retrouvée des femmes et leur place reconnue dans la société.