La 4e édition du congrès du village de Tendième, dans la commune de Tenghory, s’est ouvert dimanche 16 août 2026. Placée sous le thème « Engagement citoyen pour le développement local durable », la rencontre a mis au cœur des débats la question de la citoyenneté, des valeurs civiques et du rôle des communautés dans le développement.

Lancé dans l’après-midi en présence du maire de la commune de Tenghory, ce congrès initié il y a plusieurs années se veut un cadre pour « mettre à plat » toutes les difficultés auxquelles font face les populations de cette localité du département de Bignona.
Invité de marque de cette édition, Alioune Tine, juriste, expert en droits humains et fondateur d’Afrikajom Center, a salué l’histoire et le potentiel du village.
« Ce que j’ai découvert à Tendième est fantastique. C’est Tendième qui a créé la première crèche en 1939 et la première garderie d’enfants en 1963. Emile Badiane a fait un travail local important », a-t-il rappelé.
Pour l’ancien président de la Raddho, ce travail de fond explique pourquoi cette localité est devenue « un réservoir de cadres supérieurs » présents dans tous les domaines : agriculture, littérature, économie. Il a également souligné que l’école élémentaire du village est « devenue un monument historique ».
Mais pour Alioune Tine, ce patrimoine ne suffit pas. Il pointe une contradiction majeure : « Tendième a aussi un environnement merveilleux : verdure, animaux. C’est un village riche. Pourtant, ses populations peuvent être pauvres. C’est cette contradiction qu’il faut régler aujourd’hui. On ne peut pas vivre dans un pays riche avec des populations pauvres ».
Il déplore aussi la dégradation de l’environnement local : « Tendième est un réservoir de ressources humaines et naturelles. Mais cet environnement extraordinaire commence à être gâché avec la coupe des grands arbres ».
Au cœur de son intervention, l’expert a défendu la nécessité d’un « changement systémique » qui doit commencer « par le bas ». « On ne peut pas avoir de développement national sans développement local. Cette transformation ne peut se faire sans la participation des terroirs et des citoyens. Ce n’est pas l’affaire d’un parti, mais d’une dynamique sociale à engager en commençant par la base », a-t-il martelé.
Selon lui, le congrès s’inscrit « dans la continuité de ce qu’Emile Badiane avait initié ». Le défi aujourd’hui, dit-il, est que Tendième « s’organise pour servir de modèle à d’autres villages ».
Sa proposition est de donner plus de pouvoir aux collectivités. « Il faut donner du pouvoir aux localités pour qu’elles pensent, initient et mènent leur propre développement. Nous avons déjà tout en place. L’État doit transférer des pouvoirs, des moyens, des richesses et le budget aux communautés locales. Par exemple, pour protéger les forêts, il faut donner ce pouvoir aux populations locales ».
S’adressant directement à la jeunesse, Alioune Tine les a invités à « agir avec responsabilité et citoyenneté ». « Pour développer un territoire, l’État et les autorités doivent laisser les citoyens agir. Les gouvernants et les gouvernés doivent pouvoir s’occuper d’eux-mêmes », a-t-il conclu.
Initiée il y a quelques années, la rencontre de Tendième entend s’imposer comme un laboratoire d’idées pour penser un développement endogène en Casamance, en s’appuyant sur les ressources locales et l’engagement citoyen.
