Un débat entre anciens et jeunes journalistes a eu lieu ce lundi 16 mars 2026 dans le cadre de la 2e édition du Ndogou, débat, de la Convention des jeunes reporters du Sénégal, section Ziguinchor. C’était un moment d’échange direct avec les doyens sur le thème : « mutation des médias face au numérique ».
Pendant près de quatre heures, les invités de marque, notamment les doyens Ibrahima Gassama, Abdoulaye Sambou, Boubakar Diassy, Abdoulaye Sinkaré, ainsi que les confrères Souleymane Diallo et Ansoumana Dasylva, ont partagé leur regard sur la manière de travailler des jeunes journalistes. Ils ont pointé du doigt l’utilisation accrue des outils d’intelligence artificielle dans le traitement de l’information.
Selon ces doyens, les jeunes journalistes ploient sous le poids des nouvelles technologies en raison d’un manque de savoir-faire. « L’intelligence artificielle ne peut pas remplacer le journalisme humain », a déclaré Ibrahima Gassama, directeur de la radio Number One FM, invité comme panéliste.

Cette figure emblématique de la presse sénégalaise a tenu à décrypter l’historicité de la presse sénégalaise, ses débuts, appelant les jeunes à retourner à la source. « L’information a été démocratisée, mais en même temps, cela doit pousser à réfléchir : est-ce qu’on va tout laisser à l’intelligence artificielle ? Non », a-t-il fustigé.
L’intelligence artificielle, un outil mal nécessaire
Bien qu’elle semble participer à la destruction intellectuelle de ses utilisateurs, l’IA peut aussi jouer un rôle important dans le traitement de l’information. Souleymane Diallo explique d’abord comment une mauvaise utilisation de l’intelligence artificielle peut détruire à coup sûr la carrière d’un jeune journaliste. « Au-delà de tout, j’ai l’impression qu’il y ait aussi un aspect santé qui est en jeu, tu perds ta réflexion », dit-il.
Mais ce panéliste estime aussi qu’il existe des outils qui facilitent le travail des journalistes aujourd’hui, particulièrement dans le nettoyage du son. Il faudra, selon lui, savoir comment et quand les utiliser.
Lors de ces échanges, les concernés eux-mêmes ont évoqué divers sujets sur lesquels ils souhaiteraient bénéficier d’un accompagnement continu des aînés. Plusieurs se sont exprimés librement, évoquant le manque de formations adaptées à l’usage des nouvelles technologies pour les jeunes journalistes.
« Je pense que l’intelligence artificielle nous devient un poison violent sans encadrement. Nous n’avons pas totalement tort de mal l’exploiter parce qu’on l’utilise sans aucune formation adaptée dans nos rédactions, ça fait partie de l’ignorance de la jeunesse », a déploré Amidou DJO-OURO, journaliste de la Voix du Sud Info, appelant la Convention des jeunes reporters à doubler d’efforts dans son programme d’accompagnement des jeunes journalistes, particulièrement en matière de renforcement des capacités.
Il serait préférable, selon les doyens, de se faire former pour pouvoir adapter chaque travail à son époque. « Tout est numérisé aujourd’hui, chacun doit pouvoir aller chercher pour ne pas trop se laisser aller, ça va installer la paresse dans les rédactions », insiste Ibrahima Gassama, qui se déclare disponible pour accompagner cette nouvelle génération.
Formation : une priorité pour la Convention des jeunes reporters

La coordonnatrice des jeunes reporters du Sénégal, section Ziguinchor, Fatou Dieng, a évoqué sa mission au cours de son deuxième mandat au sein de la Convention : « Il va falloir qu’on se réinvente, nous travaillons pour ça à travers des formations et l’école de la Convention », dit-elle. Elle appelle à plus de prudence pour ne pas tomber dans la désinformation.
L’exploitation des jeunes journalistes dans les médias : une question qui dérange les patrons de presse ?
C’est l’une des équations les plus complexes au Sénégal, en particulier à Ziguinchor. Aucun patron de presse ne souhaiterait donner publiquement son avis sur cette question. Pourtant, les jeunes journalistes ploient sous le poids d’une précarité et d’une exploitation inédite dans la plupart des organes de presse. Sans contrat ni motivation, avec des stages sans fin, c’est une tactique qui fonctionne plutôt bien dans le milieu.
La coordonnatrice à Ziguinchor de la Convention veut accentuer la pression médiatique pour attirer l’attention des patrons de presse sur cette situation de précarité que traversent les jeunes reporters. « Ce n’est pas la première fois, à la radio je ne cesse d’interpeller les patrons de presse, on parle de précarité, mais les patrons de presse ne sentent pas la précarité, ils ont une situation financière stable, pourquoi ne pas signer un contrat avec ces jeunes, toujours sur le terrain, sans transport, pas de motivation, dans des conditions précaires et on veut que tu fasses convenablement ton travail, c’est très difficile, les jeunes veulent exceller mais sont contraints », dénonce Fatou Dieng.
Au sortir de ce Ndogou débat, les jeunes sont appelés à dissocier le travail de journaliste de celui des influenceurs. Toutefois, le travail, pour la plupart, reste très compliqué dans les conditions actuelles. Les patrons de presse sont interpellés, car le problème reste, selon les jeunes, à leur niveau.
